( 29 janvier, 2016 )

Comme une lettre entre mes mains

 

 

Un rire venait juste de lui échapper.
Ce n’était pas un rire mélodieux et cristallin  comme lorsqu’une nymphe exprime toute sa joie. C’était le ricanement d’une fille banale, peut-être déplacé et un rien disgracieux, mais il avait pris feu dans sa gorge avant d’éclater contre ses dents comme un feu d’artifice, incontrôlable.
Elle eût terriblement honte: honte de ce rire à la fois gêné et ravi, honte que ses canines, nues, puissent déchirer ce moment intime, honte de paraître idiote à ses yeux.
Effrayée à l’idée de le faire fuir, elle pressa vite ses lèvres contre les siennes. Quitte à dévorer l’instant, autant le dévorer lui aussi. Comme si c’était insuffisant, ses bras glissèrent ensuite sur ses épaules et le gardèrent contre sa poitrine.
Elle avait souvent répété ce geste dans ses délires nocturnes, ceux qui précèdent minuit, mais s’accrocher à une illusion n’était pas aussi réconfortant que de se blottir contre un corps chaud. Lui ne s’évaporerait pas, lui possédait des bras pour la serrer, la faire basculer sur le dos.
Et sous lui, sous ses baisers, elle sentait son enveloppe fondre du bout de ses lèvres jusqu’à ses os…

( 4 mai, 2015 )

Erlkönig

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht !
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif ? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir !
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n ?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächt lichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.

_Sie wiegen und tanzen und sigen dich ein.“

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort ? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt !“
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

 


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( 7 février, 2015 )

Dieu qu’elle est grande

À l’aube, je me suis réveillée avec une délicieuse pensée.
Je t’ai imaginé tout proche dans la pénombre, sous mes draps, sous moi. Ainsi, mes cuisses pourraient piéger ta taille, les tendons tiraillés contre ta peau. Ta peau animée par des brûlures que j’apaiserais du bout de ma langue, du bout de mes doigts. Ton cou serait offert à ma bouche, à mes dents et à chaque marque, je collerais ma poitrine pour mieux te sentir suffoquer.
On peut s’asphyxier à coup de plaisir et je pourrais devenir criminelle pour te sentir faiblir… Et mieux te ramener à la vie en te recueillant délicatement en moi. L’aube avance mais plutôt que les premiers chants des oiseaux, j’écouterais les battements de ton cœur, me repérant à leur rythme pour l’accorder à celui de mon bassin. Peut-être que ce serait alors à mon tour de perdre de ma sûreté et, naufragée perdue, mes mains s’accrocheraient à tes épaules, mes lèvres se joindraient aux tiennes et mes gémissements balaieraient ta joue. Mais plus que pour me rassurer, ce sera surtout pour te garder en moi et ignorer le début du jour.
Car le soleil pourrait se lever, nous serions à l’abri dans notre nuit encore intacte, dans cette lutte tendre, jusqu’à ce que l’un de nous deux lâche prise en tremblant, sentant jusqu’à ses os fondre de plaisir… Avant de prendre sa revanche pour midi…

( 22 janvier, 2015 )

Coopération, réciprocité, pardon

En 1974, le philosophe et psychologue Anatole Rapaport de l’université de Toronto émet l’idée que la manière la plus « efficace » de se comporter vis à vis d’autrui est:
1) la coopération
2) la réciprocité
3) le pardon.
C’est-à-dire que lorsqu’un individu ou une structure ou un groupe rencontre un autre individu, structure ou groupe, il a tout intérêt à proposer une alliance. Ensuite il importe, selon la règle de réciprocité, de donner à l’autre en fonction de ce que l’on reçoit. Si l’autre aide, on l’aide; si l’autre agresse, il faut l’agresser en retour, de la même manière et avec la même intensité. Enfin il faut pardonner et offrir de nouveau la coopération.

En 1979 le mathématicien Robert Axelrod organisa un tournoi entre logiciels autonomes capables de se comporter comme des êtres vivants. Une seule contrainte: chaque programme devait être équipé d’une routine de communication, sous-programme lui permettant de discuter avec ses voisins.

Robert Axelrod reçut 14 disquettes de programmes envoyés par des collègues, universitaires également intéressés par ce tournoi. Chaque programme proposait des lois différentes de comportement (pour les plus simplistes, deux lignes de code de conduite, pour les plus complexes, une centaine), le but étant d’accumuler le maximum de points.

Certains programmes avaient pour règle d’exploiter au plus vite l’autre, de lui voler ses points puis de changer de partenaires. D’autres essayaient de se débrouiller seuls, gardant précieusement leurs points et fuyant tous contacts avec ceux susceptibles de les voler. Il y avait des règles du type: « si l’autre est hostile, l’avertir qu’il doit modifier son comportement puis procéder à une punition ». Ou encore: « coopérer puis obtenir des défections surprises provoquées par un système aléatoire ».

Chaque programme fut opposé 200 fois à chacun des autres concurrents. Celui d’Anatole Rapaport, équipé du comportement CRP, (Coopération-Réciprocité-Pardon), battit tous les autres.

Encore plus fort: le programme CRP, placé cette fois au milieu des autres en vrac, s’avéra au début perdant devant les programmes agressifs, mais finit par être victorieux puis même « contagieux » au fur et à mesure qu’on lui laissa du temps. Les programmes voisins constatant qu’il était le plus efficace pour accumuler des points, alignèrent en effet leur attitude sur la sienne.

Ceci une fois posé, se rencontre le problème au niveau humain de la troisième étape: le pardon.
L’humain moyen a tendance à refuser de pardonner, surtout en groupe. Cette étape est en principe facilitée par la réciprocité: le premier offensé va naturellement estimer que la faute est équilibrée, et remettre le compteur à zéro sera alors plus simple.
Sauf que le premier offenseur va à son tour se sentir offensé, et risque soit d’entrer lui aussi en réciprocité, soit de ne pas pardonner.

Le système CPR a démontré son efficacité avec des programmes logiques, hors l’être humain a tendance à se montrer incapable de réfléchir au nom d’une raison supérieure, et à se laisser bloquer par des émotions parasites d’un tel système de pensée.

Ce système, réellement efficace y compris pour des individus de chair et de sang, assure-donc un net avantage à ceux qui sont en mesure de l’appliquer dans la compétition sociale ou personnelle, et dans la simple efficacité premier degré des rapports humains. Dépasser ses failles narcissiques et son égo est l’étape cruciale pour pouvoir mener à terme un schéma CPR.

[rapport d'Anatole Rapoport de 1974: http://www.isss.org/lumrapo.htm ]

( 8 janvier, 2015 )

Ta gueule Charlot.

Oui, je suis évidemment choqué que l’on ait été attaqués, mais a) on ne sait pas tout et b) la sympathie qui ne coûte rien, j’aime pas. Je préfère rire, me moquer, fronder, je préfère garder le même esprit de troll qu’ils ont toujours eu.
Et égorger le premier muslim qui viendra m’emmerde pour une blague raciste.
Aujourd’hui, je ne suis pas Charlie.
Non, aujourd’hui, je suis un Homme, que le monde entier cherche à mettre à genoux depuis plusieurs générations. Je suis un Homme, réduit à l’état de mouton, qui a conscience que quelque chose cloche tout autour de nous, et qui ne peut rien y faire. Qui a conscience que tous, nous sommes aveuglés depuis des années, et que cette attaque n’y changera rien, au contraire: en se croyant éveillés, on va encore plus se la faire mettre.
Je suis un Homme qui croit à l’État, mais pas en notre état, alors je suis un Homme qui se défendra, qui défendra ses proches et lui-même, pour mener une vie pépère, loin des grands idéaux et des combats humanistes. Parce que tout ceci est vain.
Je suis un Homme qui sait, et qui a renoncé à tout, sauf au peu qu’il peut  prendre de ses mains impuissantes. Car malgré tous les beaux discours d’Internet à chaque drame mondial, PERSONNE n’est uni, personne n’en a rien à foutre, et personne n’a conscience d’être un bébé dans une nurserie, d’être un homme dans la Caverne.
Alors oui, j’ai renoncé. Il n’y a aucun honneur là dedans, mais c’est tout ce que l’on peut faire.
tribu
charles
chablis
Voilà tout ce que j’en pense.
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